Beille, quand Noël tombe en juillet !...

publié le 21 juil. 2015 à 00:48 par Banda Bomberos de Ganac   [ mis à jour : 19 nov. 2016 à 02:08 ]

Trois semaines déjà, depuis qu'un coup de téléphone incroyable allait créer dans notre groupe une onde de motivation exceptionnelle pour honorer le challenge qu'un homme seul avait lancé pour nous :

"Joan !... Je te connais un groupe pour ton concert de l'estive : les Bomberos de Ganac !..."

Béret vissé sur la tête, chemisette à carreaux blancs et roses, notre gaillard Ariègeois, Philippe Lacube, met alors, avec soulagement, un terme aux inquiétudes de Joan de Nadau, pour boucler la première partie de son spectacle...

Nous, "ceux de Ganac", petit coin de la Barguillère, allions accompagner Nadau sur le plateau de Beille, pour un 14 juillet mémorable dédié à l'estive...

Hasard du calendrier, cette soirée précèdera l'arrivée, ici, de la dernière étape pyrénéenne du tour de France ce qui devrait assurer une affluence record de spectateurs...

Un pique-nique dans les alpages...

Afin de profiter pleinement de cette journée exceptionnelle, nous nous retrouvons tous, sur place, autour d'un pique-nique hors normes, préparé de mains de maîtres par nos incontournables, Alain et Pat...

Dommage que Pat n'ait pu participer à l'évènement et son absence, qui plus est, le jour de son anniversaire, l'a privé de félicitations unanimes...

A l'exception d'une poignée de musiciens attendus dans le courant de l'après midi, tout le monde est là...

Anaïs a pu se libérer pour le bonheur de tous...Valentin a bien sa caisse claire... L'alto d'Alex est bien dans son étui...

Notre petite Charline, à peine plus grande que sa trompette est avec maman et son trombone...

Emmanuel, quant-à lui, protège jalousement son petit soprano comme un dernier joujou..

A l'ombre des pins, chacun trouve une place confortable, tantôt sur des coussins de rhododendrons, tantôt sur des rondins de bois sec ou, mieux encore, sur des pierres plates rassemblées en banquettes et tous, prêts à en découdre avec un méli-mélo impressionnant de charcuterie, de fromages et de croustades, sacrifié à nos appétits exacerbés et à notre inavouable gourmandise, tout en sachant, que le tire- bouchon en forme de cep répondrait à la moindre sollicitation de nos papilles asséchées...

Sensible aux encouragements téléphoniques de François, Pascal, bras levé et portable en main, récolte un énorme coucou pour celui qui, en un temps record, entreprit la transposition obligatoire du "Se Canto", joué avec Nadau...

Les derniers musiciens rejoignent les uns après les autres cette formidable récréation sans échapper à l'objectif de Lucie, à l'affût des moindres détails de la journée...

Dans la famille Courade, nous demandons Nadine, Patrick et Thomas...

Profitant d'un véhicule plus spacieux, Christian sera aujourd'hui avec un hélicon...

Jacques," papa Noël", prend toujours aussi soin de son cor.

Face à l'enjeu de la soirée, il fallait bien cet éxutoire festif pour que les pressions se relâchent naturellement, au profit d'une indispensable sérénité de tout le groupe...

Puis le maître apparût...

17 heures... Nous sommes attendus sous un vaste chapiteau, monté là pour une éventuelle retraite en cas d'orage...

Nous prenons nos places respectives telles que définies avec une très grande précision par notre chef, soucieux de l'acoustique de nos instruments...

C'est dans un silence religieux que Michel Maffrand, alias Joan de Nadau, nous rejoint...

Lui aussi, béret vissé sur la tête, l'homme, en quelques mots, relativise l'évènement dans une étonnante humilité...

Ces quelques mots reviennent en permanence dans ma tête...

"Vous êtes combien ?..."

"C'est bien !... C'est moi qui me mettrais à votre rythme... Il vaut mieux qu'un seul le fasse plutôt que trente deux !..."

"On essaie l'Encantada !... Gardez le tempo, surtout à la reprise !..."

"Bon !...C'est bien !... On essaie le "Se Canto"..."

"On passe sur la scène pour le calage son !... Ce serait bien de vous présenter dans cet ordre !..."

Le maître ajuste son accordéon diatonique sur ses épaules et hop !!...

Nous voilà en immersion...

"J'entends pas bien la caisse claire!... Quelqu'un pourrait me mettre un micro tout près?...",

Trois couplets plus tard...

"Bon !... C'est bon !... Ca va marcher !... Vous resterez près de la scène et après l'histoire de la "bicyclette" quelqu'un vous dira de me rejoindre pour l'Encantada !... Merci à tous !..."

Nous quittons l'espace, avec la fierté de professionnels, conscients, comme jamais peut-être, du travail accompli aux répétitions...

Nous venons d'interpréter une pièce de musique devant son compositeur...

"L'Encantada" c'est monsieur Maffrand, paroles et musique, et nous l'avions là, devant nous...

En quelques minutes, l'auteur a jaugé le groupe...Son idée était faite... Il ne fut pas nécessaire d'aller jusqu'au terme de l'audition : "C'est bon dit-il !... Ca va marcher !.."

D'un seul coup, et oui, par enchantement, nos doutes et nos peurs s'apaisèrent...

Intermède musical à 1800 mètres...

Nous sortons de cette épreuve avec un mental à déplacer les montagnes...

Il est temps maintenant d'honorer, en tenue, le divertissement promis à monsieur Lacube, ici, devant le bâtiment d'accueil et là-bas, sur la bosse, au milieu des camping-cars...

Nous suivons notre chef partout, au doigt et à l'oeil, sur l'herbe ou sur la terre...

En peu de temps, la brillance de nos chaussures et la netteté de nos pantalons sont complètement remises en cause...

Les chemins, patinés par le bétail et les véhicules sont de plus en plus recouverts d'une épaisse poussière, composante majeure de ce tableau bucolique...

A l'exception d'un petit cheval noir, particulièrement fermé à notre musique, nous recevons de multiples témoignages de satisfaction...

Les gens arrivent de partout de derrière les véhicules, surpris par ce spectacle itinérant...

Conscients de l'interêt généré, Richard et Pascal, en bons colporteurs, n'hésitent pas à aller au plus près de la population... Une naïade, en quête de rafraîchissement dans sa douche en tissu, se souviendra longtemps du mélodieux son de leur trompette...

Le concert de la saison...

Nous quittons à regret cette place insolite pour le rendez-vous essentiel de la soirée...

Après une rapide collation, nous nous regroupons derrière la scène, prêts à intervenir dés la fin de la prestation du groupe vocal choisi, lui aussi pour la partie "américaine" du spectacle...

Une fois la scène gravie dans un ordre militaire, nous proposons trois morceaux traditionnels de notre répertoire, préalablement validés par Joan de Nadau...

Hégoak, le Paquito et le Vino... Les trois morceaux recueillent un énorme engouement...

Puis arrive Miquèu avec son accordéon, dans un tonnerre d'applaudissements et nous lançons ensemble le Se Canto, repris à tue-tête par la foule conquise et ravie ...

Le concert commence à cet instant précis...

Avec émotion, l'artiste nous remercie et nous donne rendez-vous pour l'Encantada...

En spectateurs privilégiés, nous suivons le spectacle depuis le côté de la scène jusqu'au moment tant attendu...

Après une introduction de deux mesures, le célèbre "Patapim, Patapam !" et la foule s'enflamme, bras levés, pour accompagner le poète sous la voute céleste auprès de celle qu'il aima de suite et qu'il appela "l'Encantada"...

Derrière, le groupe entier, de la plus petite aux plus jeunes des papys, offre à l'artiste, avec un coeur gros comme ça, un bouquet géant de ses meilleures notes de musique...

L'aubade des lucioles...

Le concert s'achève longtemps après...

A l'écart des murs de toiles et des puissants projecteurs, nous remercions à notre façon le public chaleureux...
Etrange spectacle que ces petites lampes éclairant dans la nuit étoilée nos petites partitions...

Tels de petits vers luisants que la lune pouvait voir, nous poursuivons en musique la magie de cette soirée d'été à jamais ancrée dans nos mémoires...

Probablement nous faudra-t-il un peu de temps pour redescendre sur terre et réaliser la véritable dimension de l'évènement ?...

A très bientôt, au bord de l'Hers, le vif celui là...

Gégé

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